Les Essais de Patrice • Honda

Honda S800 : Coup de foudre à 10 000 tr/mn

Par Patrice Vergès. Stefan n’était pas encore de ce monde lorsque la Honda S800 a vu le jour en France fin 1966. Mais depuis qu’il l’a découverte à 16 ans, son cœur s’est mis à battre très fort pour cette minuscule voiture japonaise .





 la S800 est une voiture minuscule (3,33 m) par rapport à la taille de celles d‘aujourd’hui



Elle était proposée en version coupé ou cabriolet plus rare car plus chère de 15% en 1967 et aussi moins sportive au plan esthétique

La Honda S800 n’a été produite que 4 ans à 25 000 exemplaires dont seulement quelques petits milliers pour la France. Mais depuis sa sortie, cette voiture pas comme les autres, suscite toujours autant de passion. Il suffit de se balader avec pour se rendre compte des réactions étonnées mais toujours sympathiques qu’elle provoque lors de son passage.

Un mini moteur de Formule1

Avez-vous déjà entendu le son émis par une S800 ? Non ! Alors vous n’avez rien entendu. Son minuscule 4 cylindres de 791 cm3, petit par sa cylindrée, gros par son volume, distille une sonorité particulière qu’on reconnaît entre mille. C’est essentiellement le fait de sa sophistication mécanique qui lui permet de tourner à des régimes surréalistes surtout quand on sait que cette voiture a vu le jour il y a presque 50 ans. Elle était dérivée de la version S600 de 72 ch qui offrait la particularité d’avoir comme la S500 un entraînement aux roues par chaîne. Une transmission originale qui fut remplacée par un classique pont (très très) rigide sur la S800.



Adorable planche de bord, démarreur à gauche, compte tours gradué jusqu’à 11000 tr/mn, minuscule levier de vitesses



Passionné par la S800, Stefan le Bris est devenu président du club NZS

Stefan jongle avec le minuscule levier de vitesses qui jaillit du plancher. La petite aiguille du compte-tours dévore goulument la zone orangée qui débute à 8500 tr/mn. Il faut dire que sa voiture entièrement restaurée en 2009 dispose d’un moteur qui n’affiche que 50 000 km.

« Quand je l’ai achetée en 2009, elle avait seulement 22 000 km. Je parcours 5 à 6000 km par an, généralement que de longs trajets, toujours décapoté pour mieux entendre sa musique. Mais ce n’est rien par rapport à celle d’une version S800 Racing qui court en Maxi 1000. Son pilote prend 14 500 tr/mn dans un hurlement aigu »



Pour sa cylindrée, le 791 cm3 est énorme. Les 4 carburateurs ne sont pas étrangers à sa fantastique sonorité

Plusieurs mois d’attente

Lorsqu’elle a été dévoilée fin 1966, la S800 a rencontré un succès fou car elle était proposée à un prix canon inférieur à 10 000 francs d’alors (20/25 000 euros actuels). Un tarif extraordinairement accessible pour un coupé à la gueule de Jaguar E  réduite sur 3,33 m. Avec 78 ch, elle offrait la puissance et les performances (160 km/h) d’une bonne 1500 cm3 liées à un vrai plaisir de pilotage à condition qu’on ne souffre pas des reins car c’était un bout de bois. Face à l’engouement suscité, elle exigea vite plusieurs mois d’attente car Honda n’en produisit que 6000 cette année là. Mais à cause d’un réseau balbutiant incapable de régler son moteur qui était une pièce d’horlogerie, la difficulté d’obtenir les pièces détachées, des tarifs qui augmentèrent de 25 % dès 1968, elle ne fut un feu de paille. Victime des lois antipollution aux USA, la S800 fut arrêtée début 1970 et petit à petit disparut de l’environnement automobile pendant que Honda se faisait une virginité avec la Civic beaucoup plus cool. Dans les années 80 rares étaient les S800 qui roulaient.

Faire vivre la marque

Grâce aux clubs de passionnés qui trouvèrent des pièces dans les pays étrangers et en firent fabriquer de nouvelles, les S800 peuvent enfin rouler aujourd’hui. La passion de la S800 a entraîné Stefan à devenir président du Club NSZ qui regroupe surtout les petites Honda, de la N600, à la Z en passant par la S800 soit environ 80 adhérents pour près de 200 voitures dont une majorité de S800 en coupé car moins rares que le cabriolet plus cher à l’époque.

Par sa conception très sophistiqué notamment son moteur à vilebrequin à rouleaux, ses quatre carburateurs, ses éléments de tôlerie rares, une S800 coûte cher à restaurer. Ce qui explique des cours assez élevés qui varient de 10 à 20 000 euros pour un cabriolet dans l’état de celui de Stefan. Mais le plaisir est à la hauteur de l’investissement autant pour son physique craquant de voiture de BD puisque c’était celle de Spirou et Fantasio que des joies de conduite qu’elle distille. Stefan violente un peu les tours/minute pour me montrer ce que sa voiture a dans le ventre. La petite aiguille lèche les 10 000 tours Le feulement aigu du petit moteur semble ne jamais s’arrêter. Le bruit quand il s’appelle musique comme sur la S800 est plus beau que le silence. (stefanlebris@gmail.com)

POA 0005 - copie

La majorité des ventes de la S800 se fit en coupé dont la silhouette était plus agressive

 

 

 

Jeudi 25 avril 2019

L’avis des Petits Observateurs

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