Souvenirs d'Autos • Renault

Souvenirs d'Autos (336) : de la Coupole au Génie

Écrit par

Thibaut Chatel (Commandant Chatel, Petites Observations Automobiles)

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Tiens, voilà du Nabu, voilà du Nabu, voilà du Nabu !!

Mardi 6 juillet 2021


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Photo Thibaut

Thibaut Chatel Petites Observations Automobiles - Commandant Chatel

Alias "Commandant Chatel"  de POA.

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Au milieu du mois de Pluviôse, Oncle Pat’ évoquait sa rencontre avec une fringante R16 TX (https://www.petites-observations-automobile.com/2021/02/la-16-tx-de-mon-pere-cest-la-plus-belle.html) qui faisait immédiatement remonter en moi un souvenir de bidasse et la vision encore tenace de ces R16 gris militaire à l’immatriculation flanquée d’un logo tricolore qui poireautaient sur la contre-allée, devant le perron du 93 Boulevard du Montparnasse dans le 6ème, dans l’attente d’un hypothétique postérieur, haut-gradé…

En Germinal de l’année huitante deux, je franchissais ce montoir chaque matin le petit doigt sur la couture, incorporé dans le contingent, comme tout appelé scientifique, à pareille époque.

Si les premiers niveaux de ce bâtiment rattaché au Ministère de la Défense accueillaient les bureaux de la Direction Générale de l’Aviation Civile, ceux du dessus et jusque sous les toits étaient affectés à la Direction Centrale du Génie.

Ce soir-là je suis de garde. Ma première garde, confiné dans l’alcôve réservée au concierge. L’immense porte d’entrée ajourée m’offre un excellent point de vue sur le Boulevard. « Tout évènement périphérique au bâtiment doit être impérativement notifié sur le cahier prévu à cet effet ». Gardez l’œil et ne pas s’assoupir, mes supérieurs m’ont prévenu.

Peu à peu le 93 se vide de ses occupants, les chauffeurs du Régiment du Train quittent la loge opposée et la flottille de R16 réglementaires s’estompe dans le trafic. La courte contre-allée qui longe la façade est devenue déserte.

Cela ne durera pas. Dès le crépuscule j’observe des mouvements suspects sur le trottoir d’en face, précisément au numéro 102. De frêles silhouettes apparemment féminines et cosmopolites complotent devant La Coupole, cet établissement de débauche dont la réputation sulfureuse était parvenue jusqu’à mes oreilles provinciales juvéniles. Puis, insidieusement, les silhouettes, qui paraissent avantageusement montées sur échasses, se dispersent pour se répartir en face à face sur les deux trottoirs, tout en se tenant à bonne distance les unes des autres, faisant le pied de grue dans l’attente d’un rendez-vous improbable, avec un complice dans l’une ou l’autre des innombrables automobiles qui circulaient encore à cette heure avancée… Rien ne m’échappe. Haletant, je consigne tout dans le registre, en prenant grand soin de noter l’ordre chronologique des choses qui vont aller en s’accélérant…

Mais grand diable que se trame-t-il donc ? En veut-on au Génie ? A quelques documents classifiés ? Je suis bien en veine moi qui croyait passer la nuit, peinard…

En voilà maintenant une qui fait les cent pas chaloupés devant la grille, tenant à deux doigt son fume-cigarette, une main sur les hanches qui révèlent sous mes yeux ébahis des cuisses rebondies sous les bas résilles tendus par le porte jarretelles que le court tailleur, ras le buisson, ne parvient à dissimuler… En guise d’hypothétique postérieur, j’en prends pour mon grade.

Une limousine sombre s’enfile soudain dans la contre-allée et stoppe à hauteur du stand-up aux limites de la décence. La vitre descend aussi vite que s’engage un court dialogue que je ne parviens à déchiffrer et voilà que l’aristotélicienne s’engouffre sur le siège passager avant que le phaéton ne détale dans un vrombissement que les vitres de la porte du grand hall se souviendront toute la nuit… Une Affaire conclue à la hussarde et mon palpitant qui s’emballe.

Sous mon regard impuissant et celui en coin, imperturbable, de Notre-Dame-des-Champs voisine, les allées et venues seront incessantes. Au garde-à-vous, les paupières tombantes sur mes yeux rougis de fatigue, les mains moites, les pages humides du mémoire seront cependant bien vites maculées sans biffer mais le modus operandi étant à chaque fois le même, je compris par-delà mon incrédulité de bleu bite que la sécurité de la cambuse dont on m’avait confié la garde n’était nullement l’objet du désir de ces ombres fugaces et, bien que je me sois tenu prêt à en repousser chaque pénétration inopportune, la position verrouillée que je défendais bec et ongles ne serait aucunement violée.

Ce soir-là, pour la toute première fois de ma vie, c’était bien avant la naissance de POA, je fis donc à l’insu de mon plein gré, l’œil abondamment rincé, mes premières armes de Petit Observateur Automobile…

Nabu, Sapeur et sans reproches.

Illustration - Souvenirs d'Autos (336) de la Coupole au Génie
Souvenirs d'Autos (336) de la Coupole au Génie
Illustration - Souvenirs d'Autos (336) de la Coupole au Génie
Souvenirs d'Autos (336) de la Coupole au Génie

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Faites comme Nabu et racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !

Merci.

L’avis des Petits Observateurs

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