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40 ans de transports présidentiels



Quelle sera la voiture du nouveau Président pour remonter les Champs Elysées lors de son investiture la semaine prochaine ? Les paris sont ouverts. L'occasion de revenir sur une relation complexe entre le pouvoir et la bagnole en France...par Renaud Roubaudi

 

1971. Georges Pompidou préside la destinée de la France et vient de lancer un vaste chantier industriel qui comporte l’expansion massive du réseau autoroutier et l’ouverture d’une voie rapide sur les berges à Paris qui portera son nom. À l’image des Français dont il aime à répéter « qu’ils aiment la bagnole », Pompidou s’intéresse à la chose automobile. Clope au bec, il roule au volant de sa Porsche 356 pour ses déplacements personnels. Personne ne trouve rien à y redire, vitesse et tabac sont alors synonyme d’une furieuse modernité. En connaisseur, le président commande au carrossier Chapron deux Citroën SM Maserati décapotables pour recevoir les personnalités officielles. Ce Concorde de la route qui file à 220 km/h symbolise la France des trente glorieuses qui a confiance en l’avenir. C’est le signe visible du progrès.

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En 1974 quand Valéry Giscard d’Estaing arrive aux affaires, le premier choc pétrolier est passé par là et, en renard avisé de la politique, VGE a conscience que son image qu’il veut plus proche du peuple passe aussi par sa voiture. Lors de sa campagne, il conduit lui même sa Peugeot 504, parfaite expression du notable de province, et il conservera cette habitude de se passer de chauffeur, autant que faire ce peu, lors de sa présidence. Tout juste concédera-t-il à passer au modèle supérieur, la 604, pour représenter la nation. Les psychanalystes noteront que Giscard restera fidèle tout au long de son mandant à Peugeot, une manière de tuer le père en politique, le Grand Charles étant un Citroëniste convaincu.

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1981. La gauche arrive au pouvoir. Mitterrand ne jure que par sa Renault 30 et l’impose à l’Élysée en voiture officielle. Logique, la régie Renault comme on l’appelle alors est une société d’État. En opposition à Peugeot qui symbolise une bourgeoisie conservatrice, la Renault 30 suivie de la R25 devient vite l’archétype du pouvoir de gauche, au point que l’on surnommera le parti socialiste, le parti des R25. En 1995, le premier geste de Jacques Chirac le soir de son élection est de traverser Paris dans sa vielle Citroën CX prestige, héritière de la DS du général. Le message est clair. Les Gaulistes sont de retour.

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2007. 12 ans plus tard, Chirac quitte l’Élysée à bord d’une Citroën C6. Belle fidélité. Se pose alors la question pour son successeur de savoir quel modèle français doit incarner son arrivée au pouvoir, notamment pour la traditionnelle remontée des Champs Élysées. Il est envisagé un temps de ressortir des deux Citroën SM de 1971 qui ont déjà servi pour l’événement en 1981 et 1995. Les stratèges de la communication s’y opposent en y voyant, à raison, l’image d’une France figée dans son passé. Problème, il n’existe pas de véhicule officiel français découvrable, plus aucun président depuis Pompidou n’ayant eu le courage de commander un modèle d’apparat, expression d’un pouvoir trop arrogant. En catastrophe, les équipes de Nicolas Sarkozy font appel au feu constructeur Heuliez qui avait eu la bonne idée de présenter une limousine spéciale, la Peugeot 607 Paladine, dotée d’un toit arrière rétractable. L’honneur est sauf, Nicolas peut saluer la foule à l’air libre le jour de son intronisation. Mais dès le lendemain, la Paladine est retournée croupir au musée d’Heuliez.



À ce stade de l’histoire, avec la droite au pouvoir, on peut penser que Peugeot va faire son grand retour à la présidence. C’est mal connaître Sarkozy qui va brouiller les cartes. Il utilise tout d’abord la Citroën C6 de son prédécesseur, mais l’idée d’une voiture de président le taraude. Non pas par goût de l’automobile, il dit lui même préférer le vélo à la voiture, mais pour le statut de la France. Hélas, la polémique sur le bling-bling et l’Airbus présidentiel freine ses ardeurs. Il commande néanmoins à Renault, qui faisait un lobbying intense depuis des années pour revenir dans la cour de l’Élysée, une Velsatis « aménagée ». Le service de communication s’empresse de préciser qu’il s’agit d’un véhicule de travail, aménagé pour être un bureau roulant avec ordinateur et siège couchant pour le repos du guerrier. On n’en sera guère plus, cette Velsatis n’ayant jamais eu le droit de faire l’objet d’un reportage dédié. Sujet trop sensible.

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Mai 2012 , François Hollande remonte sous une pluie battante les Champs Élysées à bord de la toute nouvelle Citroën DS5 hybride diesel aménagée en version découvrable pour l'occasion. Trempé, le président restera stoïque à bord du nouveau haut de gamme français. C'est Pierre Moscovici qui a soufflé ce choix au président. Député du Doubs, Moscovici connait bien le groupe PSA et dit lui même avoir été impressionné par la DS5 après avoir visité les usines de Sochaux.

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Mais très vite notre président va délaisser sa DS5 pour revenir au confort ouaté de la la grande Citroën C6 qui continue a être en service en 2014, bien que le modèle ne soit plus produit depuis deux ans. Officiellement, c'est du au fait que la C6 est blindée, mais officieusement les places arrières de la DS5 sont trop petites et trop raides.

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 Et maintenant, quelle voiture pour Emmanuel Macron ? Nous avons posé la question aux petits observateurs sur Facebook et 380 commentaires plus tard il apparait que l'Alpine et l'Espace V tiennent la côte

Mardi 10 mai 2016

L’avis des Petits Observateurs

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